Certaines journées commencent dans l’enthousiasme et l’élan, et se concluent par une orgie de réseaux sociaux, de séries, de gâteaux ou de chips. J’avais dit que je me coucherais tôt, et me voilà encore à vingt-trois heures trente à scroller. J’avais décidé de manger de saison et local, et je mange encore des gâteaux industriels.

C’est quoi, ce bug entre ce que je décide, ce que je choisis, ce à quoi j’aspire — et ce que je vis réellement dans mon quotidien ? Qu’est-ce qui se passe entre le moment où je choisis quelque chose et le moment où je fais complètement autre chose ?

Aujourd’hui, je considère cet écart comme une information. Il m’indique un bug dans le système de pilotage de ma vie. Si mes actes ne collent pas avec mes choix, c’est que mon pilotage automatique — celui de la survie — s’est activé.

Un exemple concret: Une journée trop rapide. Pas le temps de déjeuner, pas de pause, une urgence professionnelle imprévue à gérer. La fatigue s’accumule. Ajoutez à ça un accès difficile à une nourriture simple, et voilà le programme « famine » activé, sans qu’on l’ait choisi ni même remarqué. Le mode survie s’enclenche : hyperactivation, grignotage compulsif, agitation. il est contre productif d’en s’en vouloir pour manque de volonté là où notre système interne fait ce pour quoi il a été conçu – réagir face à une menace perçue, même quand la menace réelle n’est qu’une réunion qui a débordé.

Et il ne vous aura pas échappé qu’entre le contexte actuel et nos histoires personnelles, les motifs d’insécurité, de réactivation ne manquent pas.

Ce mécanisme, je l’ai déjà croisé ailleurs dans mon travail — dans cette posture de yoga qu’on redoute et qui, justement, montre où loge la tension qu’on ignorait. Dans cette déception qu’on voudrait dépasser au plus vite, et qui est peut-être le premier signe d’un changement en cours. L’écart, la résistance, le bug : ce sont rarement des échecs. Ce sont des signaux que nous pouvons apprendre à identifier (et non les faire taire) pour commencer à sécuriser la zone.

Sécuriser la zone, c’est d’abord augmenter le niveau d’attention — de conscience, de présence à ce qui se joue dans l’instant. Pas tout arrêter ni tout résoudre d’un coup. Juste être un peu plus là, un peu plus tôt dans le processus.

  • S’arrêter trente secondes avant de rouvrir l’application en mode pilotage automatique, et se demander ce qu’on cherche vraiment à cet instant — du repos, du réconfort, de la distraction. -Manger assise, même dix minutes, plutôt que debout entre deux tâches.
  • Repérer, dans la journée, le moment précis où la fatigue a basculé en urgence intérieure, souvent bien avant le grignotage ou le scroll du soir, à un moment qu’on n’avait pas identifié comme un tournant.

Nommer, simplement, ce qui se passe : « je suis en mode survie », sans se juger pour ça.

Bref, augmenter le niveau d’attention qu’on se prête à soi-même. ça ne réduira sans doute pas l’écart d’un coup, juste ça permet de le rendre visible. Et peut-être avoir un peu plus le choix. .