Début juillet 2026, en stage de méditation, j’ai rencontré un enseignant — un « maître », comme on dit parfois — dont les mots sur le yoga ont sérieusement bousculé mes repères. Tentée, sur le moment, de tout quitter pour suivre son enseignement, j’ai surtout senti le besoin de me retourner sur mon propre chemin avec le yoga. Cet été, le 11eme depuis ma rencontre avec le Yoga, je reprends mes notes d’époque et je revisite ce chemin qui a traversé toute ma 40aine.

Voici donc les premières étapes de ce chemin — de 2015 à 2019.

Une rencontre inattendue

Il y a onze ans, j’ai rencontré le yoga sans savoir que ce serait mon guide pour les transitions à venir. J’avais quarante-deux ans, et pas la moindre idée du processus du milieu de la vie, de la ménopause, du second souffle.

Je sortais de dix-huit mois intenses — les derniers d’une période de neuf ans au sein d’une association où j’avais appris énormément, et rencontré des collègues devenu·es des ami·es. Insidieusement, le contexte s’était transformé en un environnement subtilement maltraitant. Pour tenir le coup : des desserts sucrés, un rythme effréné, un mode survie activé en continu.

Il y a onze ans, donc, je venais de quitter cette association, et d’en co-fonder une autre. Un nouveau départ — mais j’étais physiquement et nerveusement épuisée.

J’ai entendu parler, via un blog (so 2015 !), de l’alimentation à index glycémique bas. L’idée : mieux nourrir mon corps, réguler mon énergie. Et la recommandation qui allait avec : au moins trente minutes de sport par jour. Une détox complètement informelle, en fait.

C’est comme ça que j’ai atterri sur YouTube. D’abord des vidéos de remise en forme avec une coach sportive, puis, de fil en aiguille, ses vidéos de yoga. Un yoga qui, aujourd’hui, me fait sourire — probablement une appropriation culturelle, un peu vide de son sens originel. Mais à l’époque, mon corps s’y est trouvé bien. Je n’ai pas cherché à comprendre ou à analyser : j’ai juste laissé mon corps saluer le soleil. Et c’est ainsi, presque par inadvertance, que j’ai commencé à pratiquer le yoga.

Ma première enseignante

Un jour, je ne sais plus trop comment, j’ai eu deux places pour un événement à l’autre bout de Paris : un cours de yoga donné par une enseignante qui promeut cette discipline et a créé sa propre marque. Le cours m’enthousiasme, mais elle n’a pas encore de studio. Alors, devant la pluralité des offres — salles de yoga, pilates, danse — je lui écris : c’est avec elle que je veux aller plus loin.

En quelques mots, je lui parle de ma détox de l’été 2015 : « J’ai senti mon corps éliminer les résidus de cette mauvaise expérience professionnelle. Mais cela a eu un effet inattendu : la réactivation du processus de contrôle alimentaire. » Je lui partage aussi des éléments plus personnels — le fait d’atteindre l’âge auquel mon père est décédé, qui avait progressivement produit de fortes angoisses. Vais-je avoir le temps de voir mes enfants grandir ? Je m’étais mise à me réveiller à quatre heures du matin.

Une lettre très personnelle. La relire aujourd’hui m’a beaucoup touchée — elle m’a surtout montré à quel point j’avais, immédiatement, eu l’intuition que le yoga m’ouvrait une nouvelle voie. Elle me répond, et m’invite à ses cours privés hebdomadaires, chez elle. Je traverse alors tout Paris, chaque semaine, pour ce cours.

Quand j’y pense, mes débuts dans le yoga sont atypiques. Thérapeute, j’ai choisi une voie corporelle et spirituelle — habitante du 93, mon refuge avait vue sur le Trocadéro.

La discipline du corps qui apaise

À cette époque, j’aimais sentir mon corps s’étirer, trouver des alignements, des équilibres — les guerriers, l’arbre, le corbeau — des postures où je devais me concentrer pour tenir debout.

Je trouve un livre d’Ashtanga yoga : une pratique codifiée, où chaque posture s’enchaîne de manière précise et répétitive. Exigeante physiquement — alignement, force, souplesse — et où chaque mouvement est synchronisé avec la respiration. Je dois me concentrer sur le mouvement et le souffle.

En y repensant, je me dis que ça ressemblait à une forme de méditation en mouvement. Sans m’en rendre compte, sans intention claire, j’ai laissé mon corps prendre les commandes — et mon mental, très sollicité par mes nouvelles aventures professionnelles (et les chamboulements de ma vie), s’en trouvait canalisé. Parfois même apaisé.

Pourtant j’ai détesté Savasana

Savasana : la posture du cadavre, posture de relâchement complet et d’intégration. Allongée, immobile, il fallait se détendre, se relâcher. C’était la fête pour mon mental — to-do list, listes de courses, ruminations. Mon corps devenait douloureux, j’avais mal au dos, je relevais les genoux pour soulager la tension, avec l’impression de commettre presque un sacrilège en ne respectant pas la consigne.

Je ne le comprenais pas alors, mais ce rejet de Savasana était parlant : ni mon corps ni mon esprit n’étaient prêts à se poser.

Aujourd’hui, je pourrais dire : ce qui résiste peut être une porte d’entrée vers ce dont on a besoin. Le yoga est un miroir — il m’a montré mes tensions avant même que je ne les comprenne. Savasana n’est pas une pseudo-relaxation : c’est un moment d’intégration, une posture clé pour les périodes de transition. Mais je n’en étais alors pas consciente.

J’ai malgré tout répondu présente à l’idée de me poser, avec les outils qui m’étaient accessibles à l’époque — l’application Petit Bambou, le scan corporel. Mes premiers pas, sans le savoir, vers l’attention au moment présent.

Mine de rien

Subtilement, je mets alors en place des changements concrets dans ma vie. Je m’autorise, notamment, à réaliser un rêve : voyager plusieurs mois avec mes enfants. Un rêve que je croyais impossible — jusqu’à ce qu’un déclic, presque anodin, me montre ce qui était réellement possible pour moi. J’organise un voyage de deux mois aux Caraïbes, en tenant compte de toutes mes contraintes : financières, examens de mes grands enfants, professionnelles.

Là-bas, un autre rêve impossible se manifeste : Rishikesh, au bord du Gange, la capitale mondiale du yoga. Me former au yoga ? À mon âge ? Impossible, bien sûr. Je range ce rêve dans la catégorie fantasme.

Jusqu’à ma rencontre avec le Yoga de la Kundalini, en 2019 — qui allait ouvrir d’autres dimensions du yoga, et rebattre entièrement les cartes.

(à suivre)